Ma bien chère Marinette,
Quelques mots, ma cousinette, pour te prouver que je ne t'oublie pas. Je joins cette page à la lettre d'Hermant qui te la remettra. Je suis de retour de Saïda depuis 2 semaines environ. J'ai été très fatiguée et obligée de rester à Mostaganem plus longtemps que je le pensais. Arrivée près de maman le 24 décembre je n'en suis partie que bien après le 1er janvier. J'ai trouvé maman en excellente santé. Elle a grossi et se porte à merveille. Depuis sa maladie elle n'a jamais eu aussi bonne mine. J'ai eu de ses nouvelles hier et ça va toujours bien.
J'ai eu il y a quatre ou cinq jours une carte du cousin Pierre de Reims. J'ai été très sensible à ses bons voeux et je vais lui répondre et je vais lui envoyer quelques vues du pays de sa lointaine cousine.
Si rien ne vient contrarier nos projets, mon fiancé sera ici dans les premiers jours d'avril et nous nous marierons vers la fin du même mois. En ce moment il est au repos pour quelques temps à Damas, d'où il m'a envoyé des petites merveilles. Imagine toi, cousinette, un saut de lit en ottoman de soir pourpre entièrement brodé de soir rouille. C'est magnifique et je n'oserai jamais endosser un pareil déshabillé. Avec cela une petite boîte en marqueterie, un vrai bijou, tout incrusté de nacre et une grande écharpe tango rayée de bleu sombre en soie damassée. Pour finir, et pour se moquer de moi qui était en train de lui tricoter des chaussettes, une paire de chaussons de laine tricotées par les femmes syriennes avec des dessins et des ramages merveilleux de finesse et de couleurs. Avec la réserve qui caractérise mon cher futur époux, il ne m'a pas seulement dit pourquoi il avait été décoré et quelle décoration il avait eu.
À bientôt, cousinette. Mes meilleurs baisers à cousine Louise et à cousin Alfred. Pour toi une grande caresse.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire